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1. Textes du collectif, Flashball et grenades, mutilation

Sur les effets psychologiques de la répression policière des manifestations

Un ami psychologue qui mène des recherches sur les effets psychologiques de la répression policière a bien voulu nous faire parvenir cette note. Les photos donnent une image effroyable des dommages physiques qu’infligent les armes  de la police. Mais ces mutilations et cette violence entrainent aussi des traumatismes psychologiques dont il est parfois difficile de se relever. Si les hôpitaux assurent les soins et les opérations qui peuvent s’étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années, les personnes blessées sont souvent démunies face à leur détresse et ignorent vers qui se tourner. Espérons que ces quelques notes puissent les aider. Nous savons que le chantier est énorme. Ceci est une modeste contribution.

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            La manifestation dessine un front où les contours sont en permanente redéfinition. C’est pourquoi journalistes, militants (pacifistes ou non), syndicalistes et parfois simples passants peuvent être touchés et souffrir des conséquences d’une manifestation. Ils font, à des degrés différents, les frais du gaz lacrymogène, des coups de matraque ou des tirs d’armes à létalité réduite (grenades, LBD 40). En bref, les gestes de la police peuvent s’appliquer à tous.

            Certaines scènes d’affrontement et les blessures qui les caractérisent sont ainsi comparables à celles d’une guerre. Des neurochirurgiens l’établissent désormais formellement. Néanmoins les affections psychologiques ne se mesurent pas obligatoirement à la profondeur des lésions organiques. Être témoin suffit parfois à développer un traumatisme sévère.

            Par conséquent, les situations de répression policière en manifestation, qu’on les subisse ou qu’on en soit spectateur, ont des impacts physiologiques en termes de stress et psychologiques en termes d’émotions, de sentiment et peut-être même d’angoisse ou encore de choc. Cette répression forme un événement potentiellement traumatique. Cependant, il n’y a pas deux personnes qui réagissent de la même façon face à un tel événement, il n’y a donc rien d’automatique.

            Vous avez eu peur, vous avez ressenti un danger, vous êtes peut-être même blessé : il est fort probable que vous ayez éprouvé un choc ou un traumatisme psychique.

  • Le choc des 24 premières heures :

            Sur le moment vous avez réagi par de l’angoisse. Celle-ci entraîne souvent des comportements ou des attitudes inhabituelles : inhibition (repli sur soi) ou excitation, agressivité, sentiment de détresse, peurs, tremblements, malaises, boule au ventre, diarrhée, etc.

            L’effet du choc psychologique plonge souvent dans un état plus ou moins provisoire de sidération où l’on a l’impression d’être figé dans l’événement que l’on vient de vivre. Cela peut s’accompagner de sentiments d’impuissance, de culpabilité ou encore d’une petite perte du sentiment de réalité face à quoi il est parfois difficile de rebondir.

  • Le traumatisme dans les jours et les semaines qui suivent :

            Sur le moment, vous avez pu ressentir les effets du choc ou, au contraire, vous n’avez éprouvé aucune réaction émotionnelle.

            Mais dans les jours ou les semaines qui suivent, ou même plus tard, des images des événements traumatisant peuvent resurgir. Ces images sont pénibles et s’imposent à vous en journée ou bien la nuit sous forme de cauchemars. Elles peuvent s’accompagner de difficultés d’endormissement, de réveils soudains, de longues ruminations, de la dépression, d’angoisses ou de peurs, d’un sentiment de malaise et d’insécurité, d’idées noires, d’une recherche d’isolement, ou encore d’irritabilité. Ces images peuvent rendre difficile votre vie familiale, scolaire et/ou professionnelle.

  • Comment réagir :

          Plus vite vous réagirez, plus vous diminuerez les risques que des séquelles psychologiques s’installent. Pour cela, il est fortement conseillé de contacter un psychologue, ou à défaut, votre médecin généraliste. Il est préférable de mettre vos proches au courant, de ne pas rester seul, de prendre du temps pour soi quitte à se mettre en arrêt maladie quelque temps. Il n’y a pas de solution miracle applicable à tous, mais un ensemble de petites attentions qui rendent le quotidien un minimum agréable et sensée devant le sentiment d’absurdité qui paraît souvent à l’horizon du traumatisme.

            Si vous n’avez pas les moyens de prendre rendez-vous chez un psychologue en libéral, vous pouvez aller consulter gratuitement au Centre Médico-Psychologique (CMP) rattaché à l’adresse de votre domicile. Il y a malheureusement un temps d’attente assez long pour avoir un rendez-vous. Si vous ne savez pas à quel CMP vous êtes rattachés, votre médecin généraliste peut vous aider à le trouver. Enfin, si vous sentez que vous ou l’un de vos proches est sur le point de faire un acte mettant en danger sa vie ou celle d’autres personnes, allez aux urgences psychiatriques les plus proches.

            Si le processus est long et l’issue incertaine, il est avéré que démarrer une procédure au tribunal mobilise un ensemble d’émotions, de liens et un désir de réparation qui fournissent un débouché potentiellement viable aux sentiments qui succèdent à ce type d’événement. Cela permet de vivre avec l’irréparable, sinon d’être rétabli. Aussi, vous investir dans une activité collective (liée ou non à sa blessure) ou vous livrer à une passion à laquelle vous ne vous êtes pas encore ou plus confié depuis un certain temps est une bonne indication. Quoi qu’il en soit, les moyens de se relever de cette épreuve existent. Vos proches et des professionnels peuvent vous aider à les trouver.

            Simon Tannier est psychologue et mène des recherches sur les effets psychologiques de la répression policière. Il est également engagé auprès du mouvement des Gilets Jaunes ainsi que dans  d’autres luttes depuis une dizaine d’années.

 

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Quelques adresses à Paris :

L’Hôtel-Dieu
1 Parvis Notre-Dame – Pl. Jean-Paul II, 75004 Paris
Téléphone : 01 42 34 82 34

Centre du Psychotrauma et Institut de Victimologie :
131 Rue de Saussure, 75017 Paris
Téléphone: 01 43 80 44 40

La liste sera mise à jour.

 

 

 

 

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