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1. Textes du collectif

Mais qui sont les avocats qui se cachent derrière Robes noires et Gilets jaunes ? Ou comment bien choisir son avocat ?

 

Blessé très gravement à l’œil, on apprend que Jérôme Rodrigues, présenté comme une figure des gilets jaunes a choisi le très médiatisé Philippe de Veulle comme avocat. Ce dernier, membre du collectif Robes noires gilets jaunes, est souvent présenté comme l’avocat des gilets jaunes. Il bénéficie en tout cas d’une large couverture médiatique. Mais qui sont Philippe de Veulle et David Libeskind, les fondateurs de Robes noires et Gilets jaunes ? Et que faire quand on apprend que le premier est le vice-président d’un mouvement de droite rattaché au parti les républicains et que le second est l’avocat d’une association de défense des policiers ? Bref comment bien choisir son avocat ?

 

 

Les blessures et les mutilations occasionnées par les armes de la police ne sont pas nouvelles. Mais jamais elles n’avaient atteint un tel niveau que pendant le mouvement des gilets jaunes. La technique reste pourtant la même : en mutiler un pour en terroriser mille. Mais il s’agit cette fois d’en mutiler 100 pour en terroriser 100 000.

Les blessés graves, s’ils veulent porter plainte ou entamer des procédures, doivent se tourner vers des avocats.   Début décembre est apparue une page facebook Robes noires et gilets jaunes qui se présente ainsi : « Le collectif « Robes Noires et Gilets Jaunes » a été créé afin que des avocats puissent venir en aide des gilets jaunes qui ont été victimes d’agissements policiers, qu’ils relèvent de la brutalité ou de l’abus de pouvoir ». Les deux fondateurs sont Philippe de Veulle et David Liebeskind. On pouvait se réjouir que des avocats s’organisent pour venir en aide aux gilets jaunes. Mais aujourd’hui plusieurs éléments inquiétants nous obligent à faire part de nos doutes sur ce collectif.

Phillipe De Veulle est le vice-président d’un mouvement politique : la droite libre, rattaché au parti Les républicains. Ce mouvement participe au débat national pourtant rejeté par presque tous les gilets jaunes. Les propositions portées à cette occasion appartiennent à la droite libérale et sécuritaire classique. Dans sa présentation, le mouvement affiche clairement des valeurs de droite qui font tâche avec l’apolitisme déclaré des gilets jaunes et leurs revendications sociales de base :

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Il est aussi l’avocat qui a réussi à interdire le Bataclan au rappeur Médine. Pour plus de détails nous renvoyons à l’article de Désarmons-Les qui compile les éléments inquiétants à son sujet.

David Libeskind, le co-fondateur de Robes noires gilets jaunes, est l’avocat que propose une association de défense des policiers, Mobilisation des policiers en colère (MPC). Voilà la présentation qu’on peut lire sur leur site.

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En bref, David Libeskind participe et intervient comme avocat pour un réseau de défense des policiers qui les soutient quand ils sont poursuivis par exemple pour violence avec arme.
La présence de Laurent-Frank Liénard laisse peu de doute sur la nature de cette association. Il est bien connu pour être l’Avocat des policiers , toujours prêt à prendre leur défense. Notamment dans des cas de mutilation au LBD comme celle de Pierre Douillard, blessé à l’œil par un tir de LBD en 2007, où Liénard avait obtenu la relaxe pour le policier Mathieu Leglise. C’est aussi l’avocat de Benalla !

Nous avons donc d’un côté Phillipe de Veulle qui appartient à un mouvement de droite libéral-conservateur rattaché au parti les républicains. Et de l’autre côté, David Libeskind, appartenant à des réseaux de défense de policiers, intronisé défenseur des gilets jaunes… blessés par des policiers.
Étonnement, ces informations sont peu sorties dans les journaux à part une référence dans le figaro. Mais ces informations sont toutes vérifiables sur internet.

Nous pensons que cette situation est problématique et qu’il y a quelque chose de proprement scandaleux dans le fait de se présenter comme avocat des gilets jaunes avec un tel profil. C’est une trahison au même titre que les gilets jaunes qui fondent des partis ou montent des listes aux européennes. Comment s’imaginer mener des batailles contre les violences policières en telle compagnie ?

Au-delà des contradictions propres à ces fondateurs il faut aussi préciser que cette page facebook est un moyen par lequel ces avocats démarchent directement des blessés en se faisant une publicité bon marché en utilisant le nom de gilet jaunes et en se laissant présenter comme les avocats des gilets jaunes. Mais est-ce encore possible ?

Par solidarité et parce que nous pensons pouvoir dispenser des informations et des conseils utiles aux blessés, qu’ils soient gilets jaunes ou pas, qu’ils soient « pacifistes » ou pas, nous avons plusieurs fois posté sur cette page les conseils que nous avons publiés dès le 29 novembre. Toutes nos publications ont été refusées. Au motif que nous donnions un numéro de téléphone où nous joindre ont précisé les administrateurs.

Plus inquiétant et moins anecdotique. Nous sommes en contact avec une personne blessée qui préfère rester anonyme. Elle avait pris contact avec Philippe de Veulle. Elle nous a déclaré qu’à aucun moment on ne lui a expliqué quoi que ce soit sur la forme que la procédure allait prendre. Et quand des questions ont été faites sur les honoraires, aucune réponse n’a été apportée. Après deux conversations de 5mn au téléphone, il lui a été demandé d’envoyer son dossier. Elle est sans nouvelle depuis.
Nous imaginons que le travail sera fait pour les blessés médiatiques, et nous avons vu De Veulle poser au chevet de certains blessés, mais qu’en est-il pour les blessés désespérés qui s’imaginent naïvement qu’ils ont affaire aux avocats des gilets jaunes ?

Plus gênant, ces avocats n’ont pas pris la peine d’expliciter la démarche qui allait être la leur. A aucun moment (même dans une longue vidéo de 12mn) on ne les entend évoquer la possibilité d’attaquer l’Etat devant les tribunaux administratifs. C’est pourtant la seule chose qui marche.

 

Ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans cette bataille ?

Or nous pensons avec d’autres qu’il faut dans la plupart des cas porter plainte contre X pour violence avec arme par une personne dépositaire de l’autorité publique. Mais ça ne suffit pas et il est vain d’espérer une condamnation.  Souvent en effet le tireur n’est pas retrouvé, la plainte contre X est alors classée sans suite. Quand le policier est poursuivi il bénéficie quasi systématiquement d’une relaxe ou d’un non-lieu pour la simple raison qu’il a obéi à un commandement. Et quand il est condamné, la peine reste symbolique et le policier continue tranquillement sa carrière. Cette expertise nous la devons à des années d’expérience en la matière. Mais cette plainte reste utile. Elle permet de visibiliser et de comptabiliser les blessures : les journalistes ne parlent pas des blessures sans qu’il y ait plainte et les enquêtes IGPN sont comptabilisées.  L’enquête IGPN permet aussi d’obtenir des éléments utiles pour la suite. Mais nous disons aux blessés de privilégier la voie administrative :  elle a permis de faire condamner l’Etat plusieurs fois pour utilisation d’armes extrêmement dangereuses et d’obtenir des indemnités. Nous pensons que les avocats doivent prendre le temps d’expliquer tout ça. S’ils ne le font pas, c’est qu’il y a un problème.

Nous sommes plusieurs collectifs à suivre ces blessures, à soutenir, informer, conseiller les blessés depuis des années. Face aux armes de la police, Désarmons-les, assemblée des blessés-44 et l’assemblée des blessés, des familles et des collectifs. Cette dernière répond à une volonté de coordination même si tous ces collectifs restent indépendants. A nous tous, nous sommes en contact avec une centaine de blessés. Nous proposons aussi des avocats pour continuer à s’informer et entamer les démarches avec eux s’ils le désirent. Il existe évidemment beaucoup d’autres avocats compétents pour mener à bien ces démarches. Et de nombreux collectifs apparaissent et c’est une bonne chose. Nous disons qu’avant de se lancer dans une telle bataille, il faut 1. S’informer et bien connaître les procédures possibles. Et 2. Choisir un avocat compétent pour les affaires de violences policières et en qui on peut avoir  une pleine confiance et avec qui on peut discuter des procédures à mener.

Pour notre part, nous nous sommes constitués en 2009 suite à la blessure d’un ami. Avec d’autres nous insistons sur le fait que si l’on veut gagner quelque chose c’est l’État qu’il faut attaquer devant les tribunaux administratifs parce que derrière les violences policières il y a une violence politique. C’est l’Etat qui décide par décret quelles sont les armes que les forces de l’ordre peuvent utiliser lors des manifestations. C’est le sens de l’appel lancé par Pierre Douillard : Mutilé par la police, j’invite les blessés à attaquer l’Etat en justice.

Nous travaillons avec des avocates en qui nous avons une entière confiance. Nous nous sommes accordés sur les différentes tactiques juridiques en cas de blessures, elles prennent du temps pour informer les blessés et nous nous sommes arrangés sur des honoraires justes. Aucun avocat ne peut travailler gratuitement sérieusement mais il existe un réseau d’avocats militants qui tirent ces honoraires le plus bas possible par solidarité.

Dans les tous les cas, informez-vous avant de choisir un avocat. Renseignez-vous sur lui. Ne soyez pas intimidés par lui. Il travaille pour vous. Vous devez établir une relation de confiance, de complicité, d’égal à égal. Renseignez-vous sur les meilleures manières de mener à bien cette bataille. Ne vous précipitez-pas. Il faut des années avant d’arriver au bout mais il ne faut rien lâcher.

Ça n’est pas de gaité de cœur que nous adressons ce message. Ni par un esprit de concurrence. Nous pensons seulement que les avocats de Robes noires et gilets jaunes ne sont plus dignes de confiance. Notre but c’est seulement que les blessés soient le mieux informés possible pour choisir l’avocat qui sera le plus à même de les accompagner. Et comme nombre de blessés, et avec beaucoup d’avocats, nous menons aussi une bataille pour obtenir l’interdiction de toutes ces armes de mutilations massives (flashball, LBD 40, GLI-F4, grenades de désencerclement) pour qu’il soit possible d’aller manifester sans prendre le risque de perdre un œil, une main ou un pied.

Soutien total à tous les blessés. Pour le retrait des LBD et des grenades explosives.

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